Lancée en réponse à la montée des fraudes financières appuyées par le numérique, l’Operation Jackal IV a mobilisé des enquêteurs pendant huit mois. Au total, 58 personnes ont été arrêtées et 263 suspects identifiés, dans le cadre d’une action internationale ciblant des réseaux criminels impliqués dans des escroqueries en Afrique de l’Ouest.
Selon les autorités, l’opération a réuni 22 pays répartis sur six continents. L’objectif : perturber des circuits criminels capables de transformer des arnaques en profits, en s’appuyant sur des techniques variées allant de l’ingénierie sociale aux dispositifs financiers destinés à brouiller l’origine des fonds.
Une opération internationale contre les réseaux criminels
Les enquêteurs indiquent que les groupes visés contribuent à une part importante des fraudes financières facilitées par la technologie. Les pratiques rapportées incluent notamment des arnaques sentimentales, des escroqueries liées aux cryptomonnaies et aux investissements, ainsi que des dispositifs de compromission de comptes professionnels par email.
La liste des pays impliqués couvre plusieurs régions : Europe (France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Espagne, Suède, Suisse, Autriche, Irlande, Portugal), Amériques (Argentine, Canada, États-Unis), Afrique (Côte d’Ivoire, Nigeria, Afrique du Sud) et Asie (Indonésie, Japon, Malaisie), avec également la présence de l’U.A.E. et de l’Australie. Cette diversité est présentée comme un facteur clé pour suivre des flux financiers qui traversent les frontières.
Des suspects liés à des réseaux “crime-as-a-service”
Au cœur de l’enquête, les autorités mentionnent l’identification de 196 personnes impliquées dans un réseau de type crime-as-a-service (CaaS). Ce modèle, tel que décrit, permettrait à des groupes criminels organisés d’accéder plus facilement à des briques opérationnelles : par exemple, des noms de domaine de sites web et un soutien au blanchiment.
Dans ce dossier, 17 arrestations ont été effectuées en lien direct avec le réseau CaaS. L’approche vise ainsi non seulement les auteurs d’arnaques, mais aussi les infrastructures et services qui rendent l’activité plus scalable et plus rentable.
Des raids à Johannesburg sur des arnaques visant des retraités
En parallèle, des autorités ont mené des perquisitions dans sept lieux à Johannesburg. Les soupçons portent sur le fonctionnement d’un système d’arnaques sentimentales et d’escroqueries à l’investissement visant des retraités dans des pays anglophones.
Le fonctionnement présumé serait structuré de manière comparable à une entreprise légitime. Les membres seraient répartis selon des rôles dédiés, notamment des “agents de conversion” et des “agents de rétention”. L’idée : organiser le processus d’échange avec les victimes, de la première prise de contact jusqu’au maintien de l’interaction pour maximiser la durée et les montants extorqués.
Un centre d’appels démantelé en Roumanie
Une autre opération a conduit au démantèlement d’une escroquerie d’investissement identifiée en Roumanie. Les autorités indiquent que le schéma promettait de forts rendements sur des actifs liés aux actions et aux cryptomonnaies, tout en cherchant à convaincre des personnes sans méfiance de céder leur argent.
Une fois les transferts effectués, les fonds auraient été redirigés vers des portefeuilles contrôlés par les fraudeurs. Dans ce dossier, les enquêteurs évoquent une estimation d’environ 143 millions d’euros dérobés et blanchis à l’échelle mondiale.
Du côté opérationnel, 11 personnes auraient été arrêtées. Les saisies rapportées comprennent environ 330 000 euros en numéraire et en cryptomonnaies, six biens immobiliers ainsi que plusieurs montres de luxe.
Blanchiment : une structure pan-européenne identifiée
Dans une autre partie de l’enquête, les autorités mentionnent l’identification d’un individu associé à un réseau de blanchiment à dimension pan-européenne. Le mécanisme présumé utiliserait des sociétés-écrans, des services de transfert et des retraits en espèces, dans le but de dissimuler l’origine réelle des fonds.
Selon les informations communiquées, un seul compte aurait permis de blanchir 845 000 euros au total, via 560 transactions réalisées avec 20 instruments financiers différents. Ce niveau de fractionnement illustre la difficulté à relier les mouvements entre eux, surtout lorsque les flux traversent plusieurs formes d’opérations.
La quatrième itération d’une série d’opérations
L’Operation Jackal IV est présentée comme la quatrième version d’une série d’actions coordonnées. Elle s’est déroulée entre novembre 2025 et juin 2026, avec des objectifs axés sur la démolition de circuits de blanchiment, l’identification de cibles à forte valeur et la saisie d’actifs illégaux.
Les autorités rappellent que des résultats importants ont déjà été obtenus lors des vagues précédentes. À titre indicatif :
- Operation Jackal I (26 au 30 septembre 2022) : 75 arrestations, 49 perquisitions et 1,2 million d’euros interceptés sur des comptes bancaires.
- Operation Jackal II (15 au 19 mai 2023) : 103 arrestations, 1 110 suspects identifiés, 208 comptes bancaires bloqués et 2,15 millions d’euros saisis ou gelés.
- Operation Jackal III (10 avril au 3 juillet 2024) : 300 arrestations, 400 suspects identifiés et plus de 720 comptes bancaires bloqués.
Ces chiffres sont cités pour montrer la continuité de l’effort et la logique d’amélioration progressive des capacités d’enquête.
Pourquoi cette coopération compte
Le directeur du centre dédié aux crimes financiers et à la lutte contre la corruption décrit l’opération comme une démonstration de la puissance de la coopération internationale. L’approche consiste à suivre les flux financiers illicites au-delà des frontières, afin d’attaquer la base économique des réseaux criminels.
Autrement dit, au-delà des arrestations, l’objectif est aussi de rendre la fraude plus difficile à rentabiliser : lorsque les circuits de paiement, les infrastructures et les mécanismes de blanchiment sont perturbés, les réseaux perdent une partie de leur efficacité.
Conclusion
L’Operation Jackal IV confirme l’intensification des actions coordonnées contre les fraudes cyber et les mécanismes de blanchiment liés à l’Afrique de l’Ouest. Avec 58 arrestations et 263 suspects identifiés, l’opération met en évidence l’importance d’enquêtes transnationales pour démanteler des systèmes qui prospèrent grâce à la dissimulation et à la circulation internationale des fonds.
Source: https://thehackernews.com/2026/08/interpol-operation-jackal-iv-arrests-58.html
