OpenAI annonce avoir bloqué des comptes ChatGPT russes soupçonnés d’avoir servi à contourner des restrictions d’accès via des VPN et à orchestrer une opération d’influence. L’objectif, selon l’entreprise, consistait à produire et diffuser des contenus destinés à orienter des perceptions en ligne.
D’après OpenAI, l’enquête part initialement de publications sur les réseaux sociaux générées par intelligence artificielle. Elle débouche ensuite sur un ensemble plus large : un dispositif mêlant publication automatisée, relais sur plusieurs plateformes et mise en avant d’une organisation présentée comme « experte ».
Des comptes utilisés pour contourner des restrictions
OpenAI indique que les comptes concernés faisaient partie d’un groupe d’utilisateurs russes ayant recours à des VPN pour passer outre les limites d’accès. Une fois connectés, ces comptes auraient alimenté une campagne d’influence structurée.
Dans son communiqué, l’entreprise précise que ces comptes étaient employés pour promouvoir l’International Burke Institute (IBI), présenté comme une « communauté d’experts » basée en Israël. OpenAI estime que l’opération s’appuyait sur ChatGPT afin de générer des posts et commentaires destinés à circuler sur des plateformes sociales.
Une campagne pensée pour fabriquer de l’autorité
Le cœur de la stratégie, d’après OpenAI, repose sur l’apparence de crédibilité. Les publications générées par l’IA auraient été relayées sur plusieurs canaux, notamment Substack, Telegram, X, Facebook et LinkedIn.
OpenAI souligne que le dispositif ne se limite pas aux messages promotionnels. Il s’inscrirait dans une démarche plus vaste destinée à fabriquer une autorité autour d’une institution et à donner une vitrine à des récits favorables.
Par ailleurs, l’entreprise affirme que l’infrastructure mise en place a joué un rôle central. Même si les acteurs n’auraient utilisé ChatGPT que pour des contenus isolés, ces contenus renvoyaient vers une organisation « vraisemblable » en apparence, avec des experts affichés et des productions republiées.
Contenu majoritairement en anglais, avec des indices masqués
OpenAI estime que la campagne a touché des audiences relativement modestes. Telegram aurait toutefois été le canal le plus attractif, avec des chaînes qui cumuleraient chacune environ 10 000 à 20 000 abonnés.
La majeure partie des contenus générés serait en anglais. Selon l’entreprise, les opérateurs auraient aussi demandé à ChatGPT de cacher des indices linguistiques pouvant révéler une origine russe. Cette consigne viserait à réduire les signaux permettant de relier les publications à une provenance non locale.
IBI et le « sovereignty index » : un outil pour orienter le regard
OpenAI mentionne que la marque IBI est associée à un site web enregistré en février 2025. Le site se présente comme une communauté d’experts couvrant des domaines comme l’économie, la politique, la sociologie et les relations internationales.
Le point saillant, d’après OpenAI, est l’existence d’un index de « souveraineté » également appelé Burke Index. L’entreprise indique que ce type d’échelle vise à projeter un éclairage favorable à la Russie et à critiquer certains pays occidentaux.
Le site décrit comment l’index serait calculé en combinant sept indicateurs répartis sur des dimensions allant de la politique et de l’économie jusqu’au volet militaire, en passant par la technologie, l’information, la culture et la cognition.
Comment le site présente le calcul
Selon la description reprise par OpenAI, chaque des sept domaines serait évalué à l’aide de coefficients de normalisation, avec un score maximal de 100 points. Ces points seraient fondés sur des sources officielles nationales et mondiales, ainsi que sur des évaluations d’experts.
La somme des sept indices, décrite comme comprise entre 100 et 700, formerait l’indice cumulatif. Le site publie ensuite des rapports pays par pays, en s’appuyant sur cette échelle.
Exemples de scores et positionnement de la Russie
OpenAI cite les chiffres mis en avant par le site : les États-Unis arriveraient en tête avec un score de 650,9, suivis par la Chine à 649,1, la Suisse à 610,7, puis la Russie à 601,4.
Pour le cas de la Russie, la description figurant sur le site mettrait en avant un niveau élevé de souveraineté, avec une autodépendance militaire et économique importante, ainsi qu’une base scientifique et culturelle solide. En parallèle, le texte évoque une flexibilité limitée de l’économie civile et une dépendance au capital administratif interne.
Le site présenterait comme principaux leviers de consolidation la démographie, des investissements dans les hautes technologies et une libéralisation progressive de la science et de l’innovation non militaires. Il indiquerait aussi que le pays aurait atteint un niveau stable et élevé de souveraineté nationale, allant de l’autosuffisance financière et militaire jusqu’à un contrôle numérique et culturel du « milieu interne ».
Enfin, le site affirme que la Russie se situerait parmi les trois grandes puissances mondiales disposant d’une souveraineté nucléaire numérique et militaire « complète », tout en identifiant un vieillissement démographique, des contraintes d’innovation et une intégration mondiale sélective comme défis à relever.
Des contenus universitaires copiés et attribués de manière douteuse
OpenAI indique qu’il n’y aurait pas de preuve que les articles publiés sur le site IBI aient été créés directement à l’aide de ChatGPT. En revanche, l’entreprise affirme que de nombreux contenus semblent avoir été repris d’écrits académiques, parfois avec une attribution erronée.
Dans certains cas, des textes auraient été rédigés par une personne locutrice d’une langue slave, puis traduits automatiquement vers l’anglais. Le résultat serait une production qui ressemble à une production éditoriale sérieuse, tout en reposant potentiellement sur des sources existantes.
En d’autres termes, même si ChatGPT n’aurait pas forcément « écrit » les articles du site, il aurait servi de levier promotionnel et de soutien à la diffusion d’un cadre narratif associé à l’IBI.
Un mode opératoire distinct, mais révélateur
OpenAI précise que cette opération d’influence serait distincte d’autres campagnes déjà documentées liées à la Russie. L’élément notable serait justement la création et la promotion d’un index visant à influencer la perception de la souveraineté.
L’entreprise insiste aussi sur un point : l’importance de l’opération résiderait moins dans la taille des audiences atteintes que dans l’infrastructure construite pour durer et se répliquer. En créant des actifs qui paraissent crédibles — une institution, des « experts », des contenus re-publiés et un outil propriétaire de type index — les acteurs auraient pu ensuite étendre la campagne à plus grande échelle.
OpenAI ajoute enfin que l’usage de l’IA en « soutien » peut contribuer à fabriquer une autorité, à dissimuler l’origine des récits favorisés et à établir des ressources exploitables dans le temps. Selon l’entreprise, ce recours indirect à l’IA a aussi fini par rendre l’ensemble plus exposé.
Pourquoi ce cas compte pour la sécurité de l’information
Au-delà de l’affaire en elle-même, le dossier mis en avant par OpenAI illustre un mécanisme récurrent : une campagne peut combiner plusieurs briques, allant de la contournement technique (VPN et accès) à la production automatisée de contenus, puis à la mise en forme d’une narration « crédible » via des références, des traductions et des outils de mesure.
Pour les organisations, plateformes et lecteurs, le défi consiste souvent à repérer les signaux faibles : cohérence éditoriale, provenance des sources, cohérence linguistique et transparence des méthodes de calcul lorsque des indicateurs prétendument « propriétaires » sont utilisés pour soutenir une thèse.
Conclusion
En bloquant des comptes ChatGPT russes utilisés pour contourner des restrictions et amplifier une opération d’influence, OpenAI met en lumière une stratégie où l’IA sert d’accélérateur de diffusion. Le lien avec l’IBI et la promotion d’un index de souveraineté, combinés à des relais sur plusieurs réseaux sociaux et à des contenus potentiellement repris d’ouvrages académiques, montrent comment l’autorité peut être mise en scène.
Si la portée immédiate de la campagne semble limitée, l’infrastructure créée — site, profils, indicateurs et canaux — souligne un risque durable : l’illusion de crédibilité peut évoluer et se renforcer au fil du temps.
Source: https://thehackernews.com/2026/08/openai-bans-russian-chatgpt-accounts.html
