Chaque jour, des internautes aux Pays-Bas se heurtent à des fausses informations et à des sites frauduleux conçus pour tromper. Le phishing reste l’une des méthodes les plus utilisées par les cybercriminels. Pour mieux protéger les utilisateurs, un ensemble de partenaires publics et privés a testé une nouvelle approche en conditions réelles : l’anti phishing shield. Les résultats annoncés montrent que la démarche fonctionne.
Depuis le lancement de la pilot en juillet 2025, plus de deux millions de tentatives visant des sites de phishing et des sites de fraude ont été bloquées. Ces blocages ont été effectués pour le compte d’un groupe de plus de 200 000 utilisateurs.
Une collaboration public-privé pour lutter contre le phishing
L’anti phishing shield n’est pas le travail d’une seule organisation. Le dispositif s’inscrit dans une coopération entre le ministère de la Justice et de la Sécurité, le NCSC, KPN, la police, l’association néerlandaise des banques et NLconnect, représentant le secteur télécom et haut débit. Pendant la durée de la pilot, d’autres fournisseurs d’accès ont également rejoint le projet, renforçant sa portée.
Le message central est clair : en combinant l’expertise des acteurs de la sécurité et celle des opérateurs internet, il devient possible de réduire le risque dès la tentative d’accès. Autrement dit, agir au moment où l’utilisateur clique ou essaie d’ouvrir un lien malveillant peut faire une différence concrète.
Le consentement opt in : une protection activée par l’utilisateur
Le dispositif repose sur une solution technique que les fournisseurs d’accès à Internet peuvent intégrer afin de protéger leurs clients. Mais pour fonctionner, une condition est nécessaire : l’utilisateur doit donner son accord explicite, via un système opt in.
Dans le cadre de la pilot, cet opt in a également été mis en place. Concrètement, cela signifie que l’utilisateur accepte d’être protégé contre le phishing et d’autres formes d’escroquerie en ligne, grâce au service fourni par son opérateur.
Cette exigence de consentement vise à garantir que la protection est active uniquement pour les personnes qui l’ont demandée.
Pourquoi agir : le phishing s’inscrit dans un parcours en trois étapes
La nécessité de ce type d’approche est importante. Les chiffres cités dans le contexte de la pilot indiquent que 17 % des Néerlandais ont été victimes d’une forme de criminalité en ligne en 2025 (environ 2,5 millions de personnes). Par ailleurs, des travaux mentionnés dans le cadre de l’initiative soulignent que 91 % des attaques cyber commencent par du phishing.
Le phishing suit généralement un schéma en trois phases :
- Approche : l’utilisateur reçoit un e-mail, un SMS ou un message qui semble provenir d’une entité de confiance (banque, administration, boutique en ligne), souvent avec un ton urgent.
- Manipulation : la victime est incitée à cliquer sur un lien ou à saisir des informations sur un site malveillant, conçu pour paraître presque identique.
- Exploitation : une fois que des identifiants ou des données de paiement sont obtenus, les criminels prennent le contrôle des comptes, réalisent des achats ou transfèrent de l’argent.
La pilot met l’accent sur un point précis du processus : la deuxième phase, lorsque l’internaute ouvre un lien vers un site malveillant. C’est à ce moment que l’intervention technique peut réduire nettement la probabilité de tomber dans le piège.
Fonctionnement de l’anti phishing shield : la liste d’interdiction via DNS
Le cœur du dispositif repose sur l’analyse de domaines signalés comme étant détournés par des criminels. Le NCSC collecte en continu des informations à partir de sources publiques et commerciales sur les domaines utilisés pour le phishing et la fraude. Ensuite, ces domaines sont examinés puis placés dans une denial list.
Cette liste n’est pas statique : elle est mise à jour périodiquement. Dans le cadre de la pilot, la denial list est actualisée chaque trimestre (avec mention de mises à jour régulières) et comprend désormais plus de 160 000 domaines considérés comme malveillants.
À mesure que des domaines sont mis hors service ou ne sont plus jugés frauduleux, ils sont retirés de la liste. Cela contribue à garder le service pertinent et à éviter de bloquer inutilement des adresses qui ne présentent plus de danger.
Une fois partagée, la denial list est diffusée via une service DNS aux fournisseurs d’accès participants. Les opérateurs intègrent ensuite ces informations dans leurs systèmes et rendent la protection disponible sans coût pour leurs clients.
Que se passe-t-il côté utilisateur ? Blocage automatique de la page
Pour les personnes ayant activé l’opt in, le mécanisme se traduit par un blocage automatique lorsqu’elles tentent d’accéder à un domaine classé comme malveillant. En pratique, la page correspondant au site dangereux est empêchée de se charger, ce qui réduit le risque de devenir victime de phishing ou d’une autre forme d’escroquerie.
Le bénéfice se situe donc à l’étape la plus critique : avant que l’utilisateur ne donne effectivement suite au lien suspect. Le dispositif agit comme une barrière technique, en amont de l’interaction.
Après la pilot : vers une montée en charge
Grâce aux résultats observés durant la pilot, les parties impliquées ont décidé de poursuivre la démarche ensemble. Le ministère de la Justice et de la Sécurité et le NCSC indiquent leur volonté de continuer à développer l’anti phishing shield.
L’objectif annoncé porte sur deux axes : augmenter la portée et améliorer l’efficacité. Cela peut passer par l’ajout de davantage de clients au sein des fournisseurs participants, mais aussi par l’ouverture du dispositif à d’autres opérateurs.
Durant la période à venir, il est prévu d’explorer comment effectuer cette escalade progressive, afin d’élargir le nombre de personnes protégées.
Ce qu’il faut retenir
L’anti phishing shield illustre une approche pragmatique de la cybersécurité : utiliser des informations fiables sur les domaines malveillants, les diffuser via une infrastructure DNS et déclencher un blocage automatique. Dans le cadre de la pilot lancée en juillet 2025, plus de deux millions de tentatives d’accès à des sites de phishing et de fraude ont été empêchées pour plus de 200 000 utilisateurs.
Avec un opt in explicite et une mise à jour continue de la liste d’interdiction, la protection vise surtout le moment où l’utilisateur risque de se faire piéger. Et parce que l’initiative cherche maintenant à être étendue, elle pourrait contribuer à renforcer la sécurité en ligne pour un nombre croissant de personnes.
Source: https://www.ncsc.nl/nieuws/ruim-twee-miljoen-bezoeken-aan-kwaadaardige-websites-voorkomen-in-pilot
